Débat

Rétablir par le débat numérique la confiance et le respect dans le débat public

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 Le débat est ouvert

Voilà maintenant plusieurs semaines que nous entendons parler de ce fameux débat public pour réconcilier certaines strates politiques et les citoyens emprunts de fortes frustrations. Mais finalement, c’est quoi un débat ? quelles sont les règles ? quels sont les livrables ? quelles sont les attentes ? Et que peut apporter le numérique dans un débat citoyen ? Il est bon de rappeler que le débat existe depuis très longtemps dans nos sociétés, mais sa forme actuelle n’est plus adaptée à nos sociétés modernes. Aujourd’hui le débat, doit reprendre tout son sens et son utilité, il doit être un véritable outil de gouvernance. Il ne s’agit pas d’en faire un outil de démocratie participative, mais bien réellement un moyen de produire des propositions concrètes au service de tous. Confiance et respect doivent être les fondements de ces nouvelles formes de débats. Si le débat présentiel reste indispensable, le débat numérique est désormais à la portée de tous. Les réseaux sociaux ne sont-ils pas au final une source incontrôlée des débats ! avec son lot de bonnes et mauvaises pratiques.

Un grand débat rassemble un grand nombre de discussions et de participants. Est-il possible in-fine de gérer et vraiment prendre en compte les nombres de « débattants ? Ne sommes-nous pas confrontés au big-data des décisions

Le débat échappe aux tentatives de le maitriser, le débat ne fait pas forcément le jeu du pouvoir politique qui est tenté de le contrôler ; une dictature c’est «ferme ta gueule», une mauvaise démocratie c’est «cause toujours». Mais le déroulement du débat le fait échapper à tout contrôle. Le déroulement d’un débat vient de l’addition des contributions de tous. Personne n’en a la maitrise car tout le monde l’influence par ses interventions et absence d’intervention. Le débat doit pouvoir repartir de discussions passées. C’est pourquoi, il faut des dispositifs qui assurent que chacun conserve la propriété de ses idées et puisse choisir quand et comment intervenir.

Par chance, les mauvais débats se révèlent facilement, ils sont signalés par des participants eux-mêmes. Ils se plaignent de ne pas pouvoir parler, ne pas être écoutés, être perdus, oubliés, récupérés, isolés, invectivés, impuissants face aux parties prenantes, et dépossédés de leurs idées. Les mauvais débats démocratiques se révèlent aussi pour des raisons indépendantes des citoyens : ils ne se pratiquent pas aux différentes échelles, qui consistent en des débats, locaux, sur les territoires, dans des communes, à l’échelle régionale, nationale et internationale ; ils n’ouvrent pas à d’autres formes d’association et de participation à la politique publique ; ils ne conduisent pas à un changement de comportement des administrations et des politiques. C’est pourquoi la CNDP insiste pour que le grand débat donne une place à chacun, que les participants et les parties prenantes  se mélangent et que le débat soit multi-échelles avec la participation d’élus, d’administratifs et de citoyens.

Le numérique, un médicament ou un poison?

Il est dangereux de se servir d’outils de débat numérique qui n’ont pas été qualifiés. Cela s’apparente alors aux réseaux sociaux, et nous voyons bien les ravages de ces outils peuvent provoquer! On ne met pas sur le marché un nouvel avion ou un nouveau médicament sans une batterie de tests et sans l’aval d’agences indépendantes. Curieusement l’ingénierie du débat public numérique n’est soumise à ce jour au contrôle d’aucune agence, alors qu’on a déjà vu des conséquences de l’usage du numérique dangereuses pour la vie démocratique. Demain, il faudra qu’une agence ait pour mission l’agrément des outils de débat public. Ce grand débat va fonctionner que s’il parvient à mobiliser la participation d’institutions qui conditionnent une confiance. Indépendamment du débat, par exemple les notaires exercent leur profession sur tout le territoire comme tiers de confiance, ils sont en réseau et ils maitrisent les outils numériques. Les universités ont une culture du débat de savoirs spécialisés et les médiathèques, proches des citoyens savent leur donner accès à des connaissances adaptées à leurs besoins.

Avec ces structures, pourquoi ne pas lancer des recherches et des actions pour qualifier des outils numériques favorisant la confiance et la participation du citoyen qui assuré du respect de ses idées, aiguise son esprit critique, mobilise sa créativité, et tire profit de celles des autres ?

Rétablissons le débat, dans la confiance et respect de chacun, et avec une volonté collective d’aboutir à un changement profond de notre société pour prendre part aux décisions de demain.

Michel ROBERT, professeur et ancien président à l’Université de Montpellier

Jean SALLANTIN directeur de recherche honoraire CNRS et président de forum des débats sur le bien commun

Lionel TORRES, professeur à l’Université de Montpellier

 

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