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Abécédaire du débat numérique

Le débat numérique concerne toutes  les formes de débats qui utilisent le numérique comme support de communication. Lors du débat s’expriment  simultanément les passions, les émotions, les opinions et les raisons des participants.

Les participants coopèrent ou se mettent en concurrence. Ils profèrent des  vérités fondées par leurs passions, raisons et  intuitions. Ils y a un temps et un espace pour le débat. Les participants oeuvrent pour le bon déroulement du débat ou à le perturber.

Lors des débats, des arguments exprimés seront justifiés ou réfutés par des savoirs de nature différente ; par exemple des savoirs empiriques, des savoirs formels, des savoirs locaux, des savoirs universels.

L’intelligence collective humaine est un système complexe qui se structure autour du débat. L’apport de l’intelligence artificielle pourrait venir de robots de conversation qui vont servir leurs interlocuteurs humain  dans une résolution collective de problèmes concernant leurs biens communs.

L’abécédaire développe ce qu’il faut savoir sur le débat numérique.

Manifeste

Un débat  est soumis aux enjeux  politiques, scientifiques, techniques et réglementaires. On dispose de nombreux exemples de débats tels que la palabre, le plaidoyer, la soutenance de thèse, les débats parlementaires, la médiation, les débats d’un procès, les débats  du monde associatifs  comme ceux qui président l’écriture des règlements intérieurs d’associations.

Ce manifeste invite à se mobiliser tous efficacement pour travailler à faire que le débat numérique améliore toutes les formes de  débats sur lesquels  se fonde une démocratie.

Débat numérique

Le débat numérique renforce le débat. Il prend de la puissance en s’appuyant sur de nouvelles manières de lire, d’écrire et d’éditer car le numérique permet de n’exclure personne des débats d’idées, de se référer aisément aux ressources bibliographiques et d’écrire autrement les dictionnaires et encyclopédies.

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Charte

L’efficacité de chaque  débat vient du respect une charte  spécifique encadrant son déroulement.  Cette charte tient sa légitimité pour ses utilisateurs par le fait qu’ils l’ont débattue afin de se mettre d’accord sur sa pratique. Comme exemple de chartes de débats purement numériques, on dispose de celles régissant la rédaction d’articles de wikipedia et  la rédaction de controverse par controversciences.

Hexagone des oppositions

Lors d’un débat, s’échangent des jugements sur des arguments. Ces jugements sont de manière universelle  : Pour ou  Contre et Discutable – ; discutable implique de n’être  pas pour et pas contre.

Hexagone

La structure précédente est un hexagone dont les diagonales tracent des oppositions. Les oppositions opposent des prises de position.

Dans des débats en présence, il est possible de demander aux participants de prendre des emplacements qui indiquent  leur positionnement intellectuel et de changer de place quand leur jugement a été modifié par les arguments des autres participants.

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Les participants à un débat formulent des arguments  qui s’opposent ou corroborent d’autres arguments. Ceux qui sont pour s’opposent à ceux qui sont pas pour. Ceux qui sont contre s’opposent à ceux qui  sont pas contre. Ceux qui sont contre ne sont pas pour. Ceux qui sont pour ne sont pas contre. Quand on discute d’un argument, on n’est pas pour et pas contre.  

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Loi d’échelle

Lors d’un débat, se distinguent des participants en petit nombre qui  initient un débat, de  ceux qui exposent des arguments sont moins nombreux que tous ceux qui ont des opinions non formulées.

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La distribution des participants vérifie une loi d’échelle. Celle-ci fixe des ordres de grandeur. Pour une loi d’échelle UN/DIX/CENT :  quand de l’ordre de UN l’initie,  de l’ordre de DIX participent et  de l’ordre de  CENT observent.

Comme un débat se constitue des débats,  un nouveau débat augmente le nombre des participants potentiels sans pour autant nécessairement changer la nature de la loi d’échelle. Cette loi d’échelle fait que l’on ne sait pas à l’avance quels débats vont prendre de la puissance.

On peut imaginer que des débats poussent en buissons, en arbustes selon leurs lois d’échelle.  L’objectif du débat numérique démocratique est d’éviter que le débat se développe une jungle  sous l’influence incontrôlée des réseaux sociaux.

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Oppositions motivées par des arguments

Quand les débats portent sur des textes, sur chaque texte, on peut dénombrer les positions argumentées  (pour, contre, discutable) des participants au débat.

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Toutefois le débat ne se réduit pas à ce dénombrement.

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Et les intervenants interviennent plus ou moins fréquemment.

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Intervention  de régulation d’un débat numérique

Les animateurs, initiateurs, modérateurs, facilitateurs d’un débat numérique interviennent  indirectement  sur le débat en signalant des fakes  et des trolls au moyen d’un système de bulles codifiées. Il serait bien d’inventer une signalétique pour intervenir sur un débat numérique.

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Adéquation du débat numérique

Pour qu’un débat fonctionne, il faut que  simultanément s’activent des passions, surgissent des  opinions et que s’imposent  des raisons.

Appelons adéquation une construction d’une forme de vérité de fondant sur l’instinct, l’intuition ou la raison pour une personne ou pour une communauté.

Les passions sont présentes  dès le plus jeune âge chez les humains.

ADHEUR

Le monde extérieur se manifeste imparfaitement aux personnes qui débattent qui associent chacun cette manifestation de la réalité à  leur propre représentation de celle-ci. Cette mise en relation peut provoquer des émotions, des instincts, des pulsions.

L’adéquation  heuristique   exprime un accord entre une manifestation et une représentation.ADEQ_HEURISTIQUE

Les opinions  de chacun proviennent de traitements intuitifs ou raisonnés de l’information. Elles rendent potentielles  des actions et elles les actualisent par des actes réfléchis. Une intuition n’a pas à être prouvée,  elle est communiquée sous la forme d’une opinion.

ADONTO

L’adéquation ontologique suppose  que les débattants ont des intuitions qui se manifestent en rendant potentielles des action et également en leur faisant faire des actions. Le terme ontologique vient de ce que chaque être  sa  manière personnelle  d’être.

ADEQ_ONTOLOGIQUE

On ne pense pas seul, des agents rationnels partagent leurs preuves et réfutations concernant d’une propriété potentielle ou actuelle des choses.

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L‘adéquation épistémique  suppose une adéquation ontologique de chaque participants.  Le participant ne pense pas seul et il partage avec d’autres des arguments qu’il peut prouver ou réfuter sur des propriétés des choses ou des raisonnements. Le débat porte sur ces arguments qui trouveront parfois chez les autres participants d’autres formes de preuve et de réfutation.

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Ce dernier schéma montrent comment les différentes adéquations se conjuguent. Sans les instincts humains, point d’opinions fondées sur les intuitions.  Les raisons  sont manifestées  par des preuves empiriques et formelles. Ce dernier schéma peut servir de modèle à des intelligences artificielles.

Preuves empiriques et formelles

Il existe des coïncidences troublantes car sans explications a priori probantes. Est-ce surprenant de rencontrer incidemment une personne habillée comme soi promenant le même genre de chien?

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Demeurons dans le schéma de l’adéquation épistémique. Les scientifiques produisent des preuves empiriques et formelles à certaines de leurs intuitions. Cependant toutes leurs intuitions ne peuvent pas être prouvées empiriquement ou formellement. En physique quantique, les physiciens fabriquent des dispositifs expérimentaux qui expriment des comportements de la matière corroborant parfaitement leurs formalisations probabilistes.

Pour les arguments d’un débat, quelles sont les limites des preuves empiriques, des preuves formelles et de la capacité de corroborer par des preuves empiriques des preuves formelles?

Apprentissage par le débat

Le débat est une interaction conversationnelle qui prend place dans un processus d’apprentissage de multiple nature.

Concernant un humain. Le bébé a besoin d’attention et d’affection pour se développer cognitivement.  Mais le babillage, l’habilité gestuelle se réalise par un apprentissage non supervisé  qui peut être guidé par la curiosité Par ailleurs des sanctions venant de la nature, comme les chutes, illustrent un apprentissage par renforcement. L’apprentissage du langage, et des activités de jonglage illustrent l’apprentissage par imitation. Apprendre à manger sa soupe avec une cuiller est en partie un apprentissage supervisé. Concernant les bébés, je ne vois pas d’exemple d’apprentissage mettant en oeuvre  une adéquation épistémique.

Concernant toujours l’apprentissage humain supervisé. Dans un contexte d’adéquation épistémique. Nous avons réalisé l’expérience suivante. Une formule contractuelle est un cadre de conception de contrats informatisés. Un expert en formule contractuelle est le détenteur d’un savoir sur le fond et sur la forme concernant tout contrat conçu dans cette forme contractuelle. Avec le centre de droit des affaires de Montpellier et la société d’avocats Fidal, nous avons fait construire plusieurs dizaines de formules contractuelles par des stagiaires supervisés par leur tuteur de stage. Après avoir reçu l’agrément de l’expert sur la modélisation de sa formule contractuelle mené à partir de l’examen d’un ensemble de contrats, la consigne est donnée aux stagiaires de faire produire par la machine le contrat le plus idiot respectant la formule contractuelle agréée par l’expert. En moins de 10 rencontres consistant à corriger sous la tutelle de l’expert la formule contractuelle invalidée, on parvient à une formule contractuelle prouvée formellement et prouvée empiriquement par l’expert dont la rédaction contournée, inusitée, désuète apparaît à l’expert comme la marque de l’inexpérience des stagiaires [Nobrega 2008].

Concernant une machine intelligente pratiquant l’apprentissage, l’adéquation heuristique est suffisante pour un apprentissage non supervisé. Pour un apprentissage par imitation et par renforcement il faut une adéquation ontologique.

Concernant les agents conversationnels, les humains ne peuvent pas se satisfaire des intuitions d’une machine si géniale soit elle. Il est possible d’imposer aux machines une adéquation épistémique  partagée des personnes humaines. C’est typiquement le contexte mis à l’épreuve dans les systèmes d’aide à la découverte scientifique.

Hypostase

Dans un débat, les hypostases signalent des points de discussion confirmés ou pas.

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Le fameux tableau de Magritte illustre la notion d’hypostase.

  • « Ceci n’est pas une pipe » est un énoncé bien formé de la langue française.
  • Le tableau manifeste  des propriétés physiques d’une pipe.

Il fait débat car l’on a une preuve formelle et pas de preuve empirique. L’énoncé « ceci est une pipe » n’aurait pas fait débat.

hypostase

Une hypostase est composée de deux formes de preuve s’appliquant à un énoncé.  Si la première preuve implique la seconde , le résultat est confirmé car corroboré par une seconde preuve et  il n’y a pas à mener de débat. Si la première preuve n’implique pas la seconde le résultat n’est pas confirmé et un débat est envisageable pour une communauté  qui pratique les deux formes de preuves utilisées.

Les hypostases servent à indexer la nature  factuelle des thèses développées lors de débats.

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Le débat ayant eu lieu à Rochebrune  est indexé en listant les thèses développées et la nature des hypostases caractérisant la forme des débats sur ces thèses.

Coopération/compétition dans un débat sur un bien commun

Le citoyen, le politique, le scientifique, le technicien, l’administrateur, le juriste  dispose de savoirs utiles pour la gestion d’un bien commun. Ils peuvent coopérer où  non lors des débats sur un bien comment. Véronique Pinet brosse six comportements, égoïstes ou altruistes, des citoyens, politiques, scientifiques, techniciens, administrateurs, juristes dans  les débats sur des questions de bien commun.

L’individu n’est occupé que de lui-même et de ses proches, spontanément enclin à opposer l’intérêt général à l’intérêt privé.

Le citoyen sait qu’il est un être social dont la vie et le bien vivre dépendent aussi des autres membres de la collectivité et, qu’à long terme au moins, l’intérêt privé est servi par l’intérêt général.

Le politicien vise le pouvoir et l’exercice sans partage de sa volonté individuelle.

Le politique vise l’intérêt général et met sa volonté au service de la volonté générale.

Le politicien entretient l’opacité et le secret.

Le politique se fait un devoir de garantir la transparence de la res publica en ouvrant les débats et les dossiers, afin que chaque citoyen puisse jouer son rôle.

Le scientiste garde jalousement ses connaissances pour s’assurer une domination sur des individus béatement admiratifs

Le scientifique met son savoir à disposition des citoyens parce que le savoir n’a de sens que s’il est partagé pour permettre les choix éclairés

Le scientiste jargonne pour être sûr de ne s’adresser qu’à des pairs capables de comprendre la profondeur de ses points de vue.

Le scientifique s’efforce de rendre son propos clair et accessible parce qu’il ne considère pas les citoyens comme des déficients intellectuels indignes de ses connaissances.

Le technocrate se gargarise de théories et accumule avec application des colonnes de chiffres.

Le technicien s’efforce de ne pas oublier qu’au-delà des abstractions se trouvent les hommes.

Dans l’univers désincarné des technocrates, les espoirs et les angoisses des hommes ne sont que des aléas aisément dissimulables sous une cascade de verbiage.

Les techniciens ne sont pas des machines à appliquer des ordres, ils ne se coupent pas de la réalité sociale, ils entendent les requêtes des citoyens et ils adaptent les solutions aux changements.

L’administocrate servile, obéit à la logique des formulaires et des intérêts hiérarchiques.

L’administrateur règle la vie de la collectivité avec humilité et humanité.

L’administocrate gère des dossiers et des contraintes budgétaires dont la gravité et la nécessité ne peuvent qu’échapper au peuple immature.

L’administrateur s’occupe des membres de la société et redistribue les moyens en fonction des priorités décidées par les citoyens

Le légaliste sacralise l’institution et se fait le thuriféraire consciencieux du dogme.

L’expert juridique, contre l’inégalité économique et sociale, construit un cadre réglementaire valable pour tous.

Le légaliste s’abrite pompeusement derrière la sacro-sainte légalité pour justifier les injustices et les abus ;

L’expert juridique n’est pas un pragmatique amoral, il est le garant d’une droiture (qui n’est pas une rigidité).

Politiciens, scientistes et légalistes s’acoquinent pour régner sur les citoyens.

Politiques, scientifiques et experts juridiques se consultent pour gérer au mieux les problèmes sociétaux avec les citoyens.

Individus, administocrates et technocrates se détournent du collectif pour ériger leur petite sphère privée en univers.

Citoyens, administrateurs et techniciens s’émancipent de l’égocentrisme en prenant la mesure de la nature générale des problèmes qu’ils affrontent et en cherchant ensemble des solutions avisées et efficaces pour tous.

 

Table

  1. Adéquations heuristiques, ontologiques, épistémiques
  2. Agents conversationnels
  3. Apprentissage
  4. Argument
  5. Authentification de la créativité.
  6. Carré des oppositions
  7. Charte
  8. Coopération/Compétition
  9. Correspondance
  10. Controverse
  11. Débat
  12. Emotion/calcul
  13. Hypostases
  14. Idéosphère
  15. Intelligence collective
  16. Logiques
  17. Loi d’échelle du Débat
  18. Manifeste
  19. Mathème
  20. Matière numérique
  21. Modélisation des contrats juridiques
  22. Pamphlet
  23. Preuve
  24. Système complexe
  25. sérendipité
  26. Synthèse
  27. wikipedia
  28. temps et espace du débat